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Le christ est-il mort sur un poteau ou sur une croix ?
Une étude claire et précise de Jean-François Blanchet.
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Les TJ affirment que Jésus-Christ n'est pas mort sur une croix , mais sur un poteau , que la croix est un symbole païen et que de toute manière se servir d'une croix comme emblème est une forme d'idolâtrie .
Voilà bien là le type de faux problèmes que les TJ aiment soulever , plus , dirait-on , par envie de se démarquer à n'importe quel prix de la chrétienté traditionnelle , que par réel souci de la vérité . S'il est cependant important de répondre par le détail à cette question , c'est parce qu'on se trouve dans ce cas devant un exemple net de la technique d'enseignement des TJ qu'on ne peut appeler autrement que de la désinformation , c'est à dire une méthode consistant à se servir d'informations pour leur faire dire le contraire de ce qu'elles disent .
Avant d'aborder le fond de la question , plusieurs remarques préliminaires s'imposent :
- D'abord en pratiquement vingt siècles d'histoire du christianisme , jamais personne , même parmi les historiens non chrétiens , n'a contesté le fait que le Christ était mort sur une croix . Les TJ sont absolument incapables d'apporter une référence sérieuse à l'appui de leur assertion ;
- Quand bien même on retiendrait cette hypothèse fantaisiste , cela n'affecterait en rien la foi des chrétiens authentiques pour qui l'important demeure le sens et le résultat de la mort du Christ humilié et non pas le fait de savoir si l'instrument de torture avait la forme d'un poteau ou la forme d'une croix ;
- Affirmer que la croix est un symbole païen n'a aucun sens. Dans le paganisme , tout a été utilisé comme symbole : les croix , les triangles , les ronds, les carrés ... et même les poteaux . Rappelons pour mémoire le culte de la déesse Astarté (Ashère), symbolisée par le pieu sacré qui , entre autres , avait été dressé sur l'autel de Baal (ex : 2 Rois 21.3 , Juges 6. 25 et suivants ).
Venons-en maintenant à l'affirmation des TJ selon laquelle Jésus n'est pas mort sur une croix . Il est intéressant et révélateur de se référer à leur manuel Comment raisonner à partir des Ecritures p 77. L'argumentation repose sur trois "preuves" :
1) Une définition de The Imperial Bible Dictionnary ( Londres , 1874 ) , selon lequel le mot grec "stauros" utilisé pour traduire le mot croix peut aussi bien signifier un poteau en forme de croix que n'importe quelle autre forme de poteau : ce que tout le monde sait depuis toujours .
2) Une autre définition du Greek-English Lexicon , dictionnaire grec-anglais qui dit que le mot grec "xylon" , également utilisé pour rendre le mot croix et la plupart du temps traduit par "bois" dans les différentes versions de la Bible , veut dire "bois coupé , bâton , poutre ou poteau ": ce que tout le monde sait également . Très souvent dans la liturgie de l'Eglise , on dit que Christ est mort pour nous sur le bois .
3) Enfin , argument "massue" , les TJ citent un certain J. Parsons , auteur du 19ème siècle , sans d'ailleurs , comme ils en ont l'habitude , nous dire qui est cet homme et en quoi ses déclarations font autorité. Ce serait bien la moindre des choses quand on vient dire en 1896 le contraire de ce qui a été dit pendant plus de 1860 ans . Donc cet illustre inconnu , qu'on préférerait lire dans le contexte - ce qui , on verra pourquoi par ailleurs , est une sage précaution en présence des citations des TJ - dit en substance que rien ne prouve que le mot "stauros" doit être traduit par "croix" et que les conducteurs religieux nous trompent en le traduisant ainsi . On verra plus loin le crédit qu'il convient d'apporter à de pareilles affirmations .
Voilà les "preuves" que chacun appréciera . Mais le plus surprenant , c'est de lire les conclusions des TJ , telles qu'elles apparaissent à la page 78 du manuel cité : "Ainsi , un faisceau de preuves indique que Jésus est mort sur un poteau dressé , et non sur une croix , comme le veut la tradition." ( c'est nous qui soulignons ) . Vraiment c'est le cas ici de dire qu'on ne voit que ce que l'on veut voir: Si c'est cela que les TJ appellent un faisceau de preuves, il y a quand même de quoi s'inquiéter.
Le reste de l'argumentation du manuel ne porte que sur l'utilisation païenne de la croix . Nous avons vu ce qu'il fallait en penser.
Les TJ , comme on vient de le voir opposent leur "découverte" à la "tradition". Pourtant n'est-on pas en droit de penser que des auteurs chrétiens , ayant vécu moins d'un siècle et demi après la crucifixion du Christ , sont infiniment plus crédibles que ce Parsons , auteur inconnu du 19ème siècle , qu'ils nous citent ?
Volontairement , nous nous bornerons ici à ne citer que trois "Pères dits apostoliques" de l'Eglise , c'est à dire des chrétiens qui ont succédé directement aux apôtres eux-mêmes :
- Epître de Barnabé , environ 130 après JC , cote 9.8 : "La croix en forme de T devait apporter la grâce ."
- Justin , environ 150 après JC , Dialogue avec Tryphon cote 40 et 90 : "De même la prescription de faire rôtir l'agneau tout entier : c'était un symbole de la souffrance de la Croix dont le Christ devait souffrir . L'agneau , lorsqu'il est rôti , est disposé de manière à figurer la croix : l'une des broches dressées le transperce depuis les membres inférieurs jusqu'à la tête , l'autre au travers du dos , et on y attache les pattes de l'agneau ."
"Lorsque le peuple combattait Amalek , Moïse lui-même priait Dieu les mains étendues de chaque coté ; celui qui l'emportait , l'emportait par la croix . Ce n'est pas parce que Moïse priait ainsi que le peuple gagnait l'avantage , mais parce qu'en tête de combat était le nom de Jésus (= Josué) et que Moïse représentait la croix ."
- Irénée , entre 175 et 189 après JC, Contre les hérésies cote II,24,4 : "La structure de la croix présente cinq extrémités, deux en longueur, deux en largeur, une cinquième sur laquelle s'appuie le crucifié ."
Ces citations que chacun pourra vérifier établissent, s'il en était besoin que la croix n'est pas, comme les TJ voudraient le faire croire, une invention de la chrétienté apostate du IVème siècle après JC, mais une réalité bien ancrée dans la primitive Eglise. A ce propos, il est intéressant de lire le livre Le Signe de Croix de Jean Huscenot aux éditions du Chalet 1992, qui d'une part regorge de citations allant dans ce sens et d'autre part explique à merveille le sens et la place de la croix dans notre culte.
A ce stade de nos investigations, revenons un instant sur la méthode des TJ : Dans l'appendice de leur Traduction interlinéaire des écritures grecques (anglais) aux pages 1155 et 1156, les TJ, sous le titre "poteau de torture" citent à l'appui de leurs affirmations un certain Justus Lipsius, théologien catholique du 16ème siècle qui parle du poteau de torture sur lequel les romains empalaient les criminels. Les TJ reproduisent une gravure sur laquelle ce théologien montre un supplicié cloué à un poteau simple et ils en déduisent que c'est de cette façon que le Christ a été empalé .
C'est vrai qu'à lire tel quel l'extrait reproduit , on a l'impression que Lipsius soutient la thèse des TJ. On est là en présence d'une véritable malhonnêteté intellectuelle .
Un journaliste américain a été rechercher le De Cruce Liber Primus écrit par Justus Lipsius. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir qu'en fait le passage de la page 647 de ce livre cité par les TJ n'avait rien à voir avec la mort du Christ. Par contre à la page 661 du même livre ,Lipsius, parlant bien cette fois de ce qui concernait cette mort, affirmait très nettement que le Christ avait été supplicié sur une croix , citant d'ailleurs le passage d'Irénée reproduit ci-dessus ainsi qu'un passage sensiblement identique de Tertullien qu'il illustre par une gravure montrant Jésus sur la croix...
Comment peut-on faire confiance à des gens capables d'utiliser de tels procédés pour faire à tout prix prévaloir les thèses qu'ils soutiennent ?
On verra par ailleurs que sur d'autres sujets plus importants, ils appliquent malheureusement les mêmes techniques.
Pour continuer sur le sujet de la croix, mentionnons l'argument de texte avancé par certains biblistes: Il repose sur une lecture du texte de Jean 20,25. Il s'agit de l'épisode célèbre où l'apôtre Thomas doute du récit des disciples affirmant qu'ils ont vu Jésus . Nous lisons : "Mais il leur dit : "Non, je ne croirai pas, à moins de voir à ses mains la marque des clous, de mettre mon doigt dans la marque des clous et de mettre ma main dans son côté."
Nous soulignons le mot "clous", car il apparaît que ce mot conformément au mot elon dans le texte grec d'origine est au pluriel.
D'aucuns prétendent qu'il faut voir dans ce verset la preuve de l'existence de plusieurs clous, c'est à dire que chaque main a été clouée séparément sur la traverse d'une croix et non les deux mains clouées ensembles sur la partie haute d'un poteau vertical comme cela serait le cas dans l'hypothèse des TJ.
Je laisse ce dernier argument à votre appréciation. Pour ceux qui estiment que chaque détail de l'Ecriture est significatif et nécessaire pour connaître la vérité, c'est un argument qui a son poids.
Il faut répondre maintenant à la question de savoir si se servir de la croix dans notre culte, est une forme d'idolâtrie. Nous répondons par ailleurs à la question de savoir ce qu'est l'idolâtrie et démontrons que celle-ci est plus une attitude du coeur et de l'esprit en proposant à la réflexion de chacun une autre question : La "Société Tour de Garde" fondée par les TJ n'est-elle pas devenue une idole au sens biblique du terme ?
Mentionnons d'abord deux versets bibliques :
I Corinthiens 1.17,18 : "Car Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l'Evangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine . Car la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est puissance de Dieu ."
Galates 6.14 : "Quant à moi, certes non ! je ne me glorifierai de rien d'autre que de la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde."
Beaucoup se souviennent d'un article paru dans un des périodiques des TJ , dans lequel ceux-ci raillaient les chrétiens qui portaient sur eux une reproduction de l'instrument de torture sur lequel le Christ avait été mis à mort . Ils comparaient cela au cas d'un enfant dont le père aurait été guillotiné et qui porterait une petite guillotine en pendentif .
Il ne faut pas que les chrétiens se méprennent, c'est bien de cette "folie" , de cette "malédiction" dont l'apôtre Paul et tous les disciples du Christ tirent leur fierté. Dieu pour notre salut a choisi en son fils la suprême humiliation . C'est dans la croix et par la croix que passe inéluctablement notre salut . Lorsque nous portons le signe de son humiliation, nous témoignons à tous que c'est là que s'est joué le salut du monde . Lisons Marc 8.34 : "Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix et me suive ." Ceci ne veut évidemment pas dire que celui qui porte une croix en pendentif ou sous toute autre forme, satisfait à cette obligation. Mais il est clair qu'un chrétien doit se ranger résolument sous le signe de la croix .
Je voudrais rappeler à ceux qui s'en souviennent cette belle liturgie latine du Vendredi Saint et notamment ces deux antiennes qui ont le mérite de souligner la vénération des chrétiens pour la croix et la joie que celle-ci répand dans l'univers :
Pendant que le prêtre enlevait les voiles violets recouvrant la croix , il chantait : "ecce lignum crucis in quo salus mundi pependit "(Voici le bois de la croix sur lequel a été suspendu le salut du monde ) , puis un peu après le Choeur: "crucem tuam adoramus, domine......ecce enim propter lignum venit gaudium in universo mundi." (Nous adorons ta croix Seigneur...car c'est par ce bois que la joie s'est répandue dans tout l'univers )
Le signe de la croix est très vite devenu le signe emblématique des chrétiens . Citons Tertullien qui à la fin du 2ème siècle écrivait : "Dans toutes nos démarches et nos actions , quoi que nous fassions, nous imprimons le signe de la croix sur nos fronts."
Et ceci est très cofforme à l'Ecriture . Des passages comme le chapitre 2 du livre des Nombres montre l'usage de bannières comme signes distinctifs , l'Arc`e d'Alliance était elle-même l'emblème de la présence de Dieu au côté d'Israël . Le bâton que devait tenir Moïse ( Exode 17.5 ) était lui aussi une préfiguration de la croix .
Plus significatif encore, est l'épisode du serpent d'airain, tel que relaté au chapitre 21 du livre des Nombres dans lequel YAHWEH envoie contre le peuple des serpents venimeux . Lisons les versets 8 et 9 de ce chapitre: "YAHWEH dit à Moïse : Fais-toi un serpent d'airain et place sur une perche ( aussi traduit: emblème ou signal ); quiconque aura été mordu et le contemplera, conservera la vie . Moïse fit un serpent de bronze, et le plaça sur la perche; et si quelqu'un avait été mordu par un serpent et regardait le serpent de bronze, il conservait la vie ."
Le symbolisme de ce texte est clair : Nous comprenons que malgré la morsure du péché qui fait souffrir et tue , la contemplation du Christ sur la Croix nous conserve la vie.
Pour en terminer avec ce sujet, je voudrais emprunter à Pierre Le Cabellec cette très belle remarque en conclusion de son dossier sur les TJ et la foi chrétienne :
"Le Christ des témoins de Jéhovah, lié au poteau, a les mains refermées sur lui-même ; celui que nous reconnaissons c'est celui qui, sur la croix, écarte ses bras pour attirer tous les hommes à lui. Et lui se reconnaît en tout homme qui ouvre son coeur aux autres et il l'accueille en son Royaume ( Matthieu 25.31-46 ; Luc 23.43 )".
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