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Témoignage anonyme
Note du webmestre :
J'ai longtemps hésité à publier ce témoignage reçu à la fin de l'été 2001 (voici donc plusieurs mois) étant dans l'impossibilité de contacter l'auteur. En dernier ressort, la phrase finale m'a convaincu que ce document avait été écrit pour diffusion :
"Pourvu que cela suffise, ne serait-ce qu'à une seule personne, à ne pas perdre espoir."
Mes parents, (portugais), sont entrés dans la secte en France lorsque j'avais 3 ans. Ma mère, jamais contrariante et très polie, acceptait de recevoir les visites des TJ; Pour elle, du moment qu'on parlait de dieu, on ne pouvait pas être foncièrement méchant. Je me rappelle bien (malgré mon jeune âge à l'époque) de la première visite; c'est moi qui ai ouvert la porte à ces deux dames. Mon père, lui, lorsqu'il a su de quoi il s'agissait, demandait à ma mère lors des autres visites, de dire qu'il était absent et allait se cacher dans les toilettes.
Il ne s'est pas caché longtemps. Il a fini par assister aux études bibliques avec ma mère. Il s'est baptisé et a pris du grade. Mon père, au début très réticent, est devenu "ancien". Ma mère, une simple soeur. Hé oui, les femmes ne grimpent pas haut chez les TJ !
Je n'ai jamais cru en dieu. C'est assez difficile à expliquer, mais aussi loin que je me souvienne, j'écoutais les discours des TJ sans jamais parvenir à me représenter Jéhovah, Jésus, les anges, le diable; dans mon imagination de petite fille. J'écoutais ces paroles comme un enfant écoute un conte de fées; les bons, les méchants; la récompense, la punition; et puis je m'endormais.
J'ai appris à lire avec ; comment s'appelait-il ce petit livre rose, pour les mômes ? "Jésus le grand;" je ne sais plus quoi !
Tout allait bien, sauf que je grandissais; J'ai toujours été du genre à me questionner sans cesse sur tout sur rien, et, au fond de moi, je savais que quelque chose ne tenait pas debout dans ce que l'on nous enseignait. Mais je n'étais pas assez grande pour savoir quoi.
Je me rappelle qu'à sept ans j'ai posé à mon père
les questions suivantes :
"Papa, pourquoi les TJ disent que les hommes préhistoriques n'ont
pas existé ? Je suis allée au Musée de Sciences Naturelles
aujourd'hui avec la classe et on a vu des crânes d'hommes-singes ! Est-ce
que Adam et Eve étaient des singes ?" Mon père me giffla
magnifiquement avant de répondre : "Non, Adam et Eve ont été
fait à l'image de Dieu. Serais-tu en train de dire que Dieu est un
singe ? Les hommes préhistoriques n'ont pas existé ! Et cesse
de te poser des questions, si tu le fais c'est que tu doutes de tout ce qu'on
t'apprend aux réunions, et c'est mal !"
Il avait raison sur une chose; Je doutais.
N'ayant donc jamais de réponses à mes questions métaphysiques et existentielles, j'ai commencé à boudé les études bibliques, les réunions, la prédication, etc; prétextant un terrible mal de tête, de dents, de ventre, une montagne de devoirs scolaires à faire pour le lendemain. Alors, deux ou trois fois de suite, la famille est partie me laissant toute seule à la maison. Je me rends compte aujourd'hui que je préférais avoir peur seule à la m ison plutôt que de suivre mes parents en réunion ! Ce petit jeu n'a, bien entendu, pas durer longtemps. La fois suivante, mon père a crié : "Tu ne veux pas venir ? Alors saches que si la fin du monde arrive ce soir, tu seras prise au dépourvu et tu seras punie; Tu n'iras pas au Paradis !"
Il nous menait la vie dure à ma mère, mes frères et soeurs et moi-même.
A quatorze ans, j'étais encore en cinquième. Je lui ai demandé de me payer un voyage de classe à Londres, car la seule matière que j'appréciais réellement était l'anglais. Il m'a promis qu'il le ferait. La veille du départ, j'avais fait ma petite valise pour la semaine et j'étais terriblement excitée à l'idée de quitter pour la première fois le cocon familial et ses obligations. Mon père est venu dans ma chambre et me demanda si j'étais prête. Je lui ai dit oui. Il me répondit : "ok; mais ça ne sera pas pour Londres; Ce sera pour le Portugal; On part définitivement demain matin !". J'étais livide. Le Portugal, j'aimais bien, pour les vacances, quoi ! Mais mes amis étais ici en France ! Je suis partie et dès la première année, les choses se sont gâtées. Il a voulu être un exemple dans la congrégation qu'il avait retrouvée là-bas et ça l'a poussé au fanatisme ! Tous les soirs, j'entendais ma mère pleurer. Il criait après elle et tout le monde dans la maison. Il y avait une telle violence dans ses propos ! Il ne nous supportait plus, son rêve était d'aller prêcher la bonne nouvelle dans un pays sous-développer et créer sa "propre" congrégation. Il était frustré parce que sans famille, il aurait pu le faire. Alors il se vengeait sur nous.
Par contre, la congrégation portugaise ne se doutait de rien. Il était si charmant, si souriant, si prévenant, si sympathique avec ses "frères" et "soeurs" ! Et quel talent pour les discours ! C'était le meilleur ! Forcément, il passait ses nuits à potasser la bible et tous les livres et revues édités par la Watch Tower ! Il était incollable, il avait toujours réponse à tout ! Bref, il m'exaspérait ! D'autant plus qu'il disait sur le podium de la salle du royaume qu'il fallait aimer sa femme et ses enfants, qu'il fallait savoir prendre le temps de s'occuper d'eux; Pfff ! Tu parles, à peine la réunion finie , qu'il reprochait mon petit frère d'avoir pleuré, rit ou dormi durant les discours ! Distribution de baffes; ça lui faisait du bien. On devait être, comme lui, irréprochables vis-à-vis de la congrégation !
J'ai mis un an pour me faire un copain "du monde" au Portugal.
On était inséparables à l'école. On séchait
ensemble les cours, on se tenait par la main, comme des amoureux et pourtant
on était plutôt des âmes soeurs; On l'est toujours d'ailleurs
malgré la distance qui nous sépare. On fumait ensemble , on
prenait de l'alcool, on découvrait la vie
ensemble.
Un jour, un "frère" m'a vue l'embrasser furtivement sur la bouche, une cigarette à la main un soir après la classe. Deux heures plus tard, mon père était au courant des deux "pêchés". Il m'a interdit de le voir, m'a traitée de fille facile, j'en passe et des meilleures. Il a sali ma relation avec mon meilleur ami et m'a promis qu'il surveillerait de près mes affaires personnelles pour s'assurer que je n'achetais plus de paquets de cigarettes.
J'ai fais une dépression nerveuse. Je m'enfermais dans ma chambre le jour ou bien je faisais l'école buissonnière; et la nuit, je faisais le mur pour aller retrouver mon copain. Je ne dormais plus la nuit, je ne mangeais plus à table dès que mon père étais là . Je me renfermais sur moi-même : la liberté était là, à l'intérieur.
A quinze ans, j'ai pété les plombs. J'ai convoqué à la maison, en douce, tous les anciens de la congrégation prétextant qu'il y avait, au moment où je les appelais, une dispute entre mes parents et que ça tournait au vinaigre. Surpris par cette nouvelle, ils ont accouru (ce n'était pas possible, pas lui, il est tellement gentil avec sa femme, pensaient-il !).
Lorsqu'ils arrivèrent à la maison, mon père n'étais pas encore rentré du travail. J'ai juste eu le temps de leur dire que je les avaient convoquer pour dénoncer ce que je n'aimais pas dans leur soit-disant "religion" et que je tenais à le faire en présence de mon père.
A son arrivée, il n'a pas eu le temps d'être surpris. Autour de la table, dans la salle à manger : les 4 anciens, ma mère (qui pleurait, la pauvre, dépassée par les évènements) et mes petits frères et soeurs.
Là, j'ai déballé mon sac. J'ai pointé toutes les questions auxquelles je n'avais jamais eu de réponse satisfaisante depuis mon enfance. J'ai dénoncé l'hypocrisie latente et la double personnalité non seulement de mon père mais celle des anciens aussi. J'ai mis en évidence leurs concepts qui tiennent sur trois pattes et qu'ils nous font avaler sans scrupules. J'ai rendu ma haine contre cette organisation de malades qui exploitent les pauvres gens en détresse. J'ai dit que le peu que j'avais vu du "monde" me paraissait infiniment plus beau que toutes leurs promesses absurdes ponctuées de versets renversés. Je leur ai dit que je ne croyais pas en dieu. Je n'y ai jamais cru.
Je me suis retirée. Ils ont bavardé longuement. Mon père est venu me voir le lendemain matin, s'est assis sur mon lit et m'a dit que si je ne voulais plus continuer "dans la vérité" ,que j'étais libre. Il me demandait simplement de ne pas lui mettre des bâtons dans les roues et de ne pas "monter" la tête de ma mère et de mes frères et soeurs.
J'étais soulagée. J'allais pouvoir continuer à vivre
avec eux sans être obligée d'adhérer à leurs idées.
Ce jour, maman a perdu la foi, elle continua de fréquenter les TJ pour
ne pas mettre mon père en colère, mais je sais qu'elle n'y croyait
plus. J'ai toujours beaucoup parlé à ma mère. Elle m'a
toujours soutenu car je prenais toujours sa défense et elle savait
que je n'étais pas ce que mon père disait. Mais elle était
coincée dans son rôle de bonne épouse, de bonne mère
: "si j'arrête tout, me disait-elle, je vais perdre ton père.
Que deviendrais-je si je le perds ?".
Je me suis battue 3 ans pour que ma mère prenne ses enfants et le quitte.
Je ne voulais pas décomposer ma famille, mais je ne pouvais pas la
savoir dans un tel engrenage. Elle méritait d'être haureuse.
Fatiguée, amoindrie par une dépression jamais soignée, je suis revenue en France à l'âge de 18 ans. Je voulais tout reprendre à zéro, tout oublié. Je savais que si je ne quittais pas tout cet environnement, je ne m'en sortirais jamais et que je finirais par mettre fin à mes jours. Il fallais pourtant que je vive pour prendre soin de ma mère si elle changeait d'avis.
Mon départ a été le déclic. Ma mère n'a pas supporté que je la laisse "seule" avec lui et les petits. Six mois plus tard elle me rejoignait avec la famille. De retour en France, elle a fini par ne plus aller aux réunions. Mon père y allait toujours mais avait perdu son grade "d'ancien". Je ne sais pas exactement comment il l'a perdu.
Aujourd'hui, 14 ans après mon retour en France, mon père ne veut plus entendre parler des Témoins de Jéhovah. On habite tous les uns à côté des autres, on se voit régulièrement. On fête même Noël, les anniversaires, Halloween; Tout est prétexte pour faire la fête en famille.
Il a découvert le pot aux roses je ne sais pas bien comment. Il dit qu'il a tout abandonné parce qu'il a eu besoin d'aide à un moment donné et la congrégation ne la pas aidé.
Aujourd'hui, mon père s'est excusé à sa manière, de nous avoir fait du mal pendant ces années. Il se demande comment il a pu être aussi aveugle, lui qui, au début, se cachait dans les toilettes pour ne pas avoir à affronter une nouvelle visite des TJ !
Je tenais à vous faire part de mon témoignage. Bien entendu, je ne vous ai pas tout raconté, loin de là, mais je pense que le reste est trop personnel et encore si douloureux.
Pourvu que cela suffise, ne serait-ce qu'à une seule personne, à
ne pas perdre espoir.
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