Faut-il sauver les cons ?
Votre article en page 4 du n°535 de Charlie
Hebdo intitulé "Jéhovah
contre Hippocrate: un mort!" m'a rappelé une information
que j'avais lue il y a quelques années dans le British Medical
journal. En 1998, C. E. Baker, G. D. Kelly et G. D. Perkins, du
service d'anesthésie au Royal Shrewsbury Hospital, rapportent
un "exploit médical" dans le British journal of
Anesthesia.
Il s'agit du cas d'un Témoin de Jéhovah ayant refusé
d'être transfusé à l'occasion d'une opération
chirurgicale. Respectant sa mythologie, les médecins ont
réussi à le maintenir en vie, ce qui a nécessité
quatorze semaines d'hospitalisation, dont dix-huit jours en soins
intensifs (Baker et al., 1998).
Cet article ayant été rapporté dans la rubrique
Minerva du British Medical journal le 5 septembre 1998 (Anonyme,
1998), il a suscité dans le même journal une réaction
de la part de Nicholas Wooding, gui dirige l'hôpital de Kiwoko,
en Ouganda. En effet, Nicholas Wooding estime grossièrement
l'ordre de grandeur d'une telle intervention à 100 k£.
Il ajoute qu'en Ouganda, avec un budget annuel de 250 k£,
son hôpital reçoit 25000 visites, hospitalise 7000
patients, réalise 1000 accouchements et 1500 opérations
chirurgicales. En d'autres termes, cette somme permettrait de
couvrir les besoins médicaux élémentaires de
500000 personnes pendant un an.
Aussi propose-t-il que, lorsqu'un traitement alternatif et non
optimal est exigé par un patient, le surcoût soit facturé
au malade ou à la congrégation qui défend sa
mythologie (Wooding, 1999).
Cette histoire est d'actualité. Le gouvernement est actuellement
en train d'exclure du remboursement des médicaments peu efficaces
et/ou de confort. Curieusement, il n'est d'ailleurs pas question
d'exclure l'homéopathie et autres traitements douteux à
l'efficacité non prouvée.
Quoi qu'il en soit, la question subsidiaire posée est celle
du confort du malade et de sa prise en charge individuelle, de son
écoute et de sa qualité de vie. De telles questions
peuvent nous sembler naturelles, car nous, citoyens du Nord, sommes
habitués à un confort de vie très enviable.
Elles peuvent aussi nous sembler totalement déplacées
et dérisoires devant la profonde inégalité
d'accès aux soins les plus élémentaires à
l'échelle du monde.
F D., SAINTE-MARIE, ÎLE DE LA RÉUNION